« Les bijoux entre vie et mort »

Résumé

La décision d’enterrer une personne avec ses bijoux (le plus souvent, il s’agit de l’alliance, mais dans les récits folkloriques on trouve aussi des références à des bagues, des montres) révèle, d’une part, à quel point les bijoux font partie du corps et de l’identité de leur propriétaire ; et, d’autre part, quelle est l’importance que la société leur attribue en tant qu’objets décoratifs personnels marquant les grands moments du parcours « biographique ». Ces bijoux, bien évidemment, ne sont pas transmis et sont censés accompagner le mort dans l’au-delà. Si le défunt ne les porte pas au moment de sa mort, il faut le toucher et manipuler ses membres déjà raides afin de lui mettre ses bijoux préférés ou emblématiques —ce que les enquêtes montent comme étant une expérience marquante. Mais il arrive aussi qu’ils su scitent la convoitise des survivants, qui contestent ce geste de « gaspillage » et qui décident de déranger la paix des morts enterrés afin de récupérer leur richesse. Comme un trésor qu’il faut déterrer, les bijoux recherchés dans la tombe amènent à la mutilation du cadavre et au contact avec son corps en décomposition. Pire que cela : selon la légende, cette violation de tombe peut tranformer le décédé en “mauvais mort” qui revient à la vie pour tuer le voleur. Ces histoires n’ont pas toujours une fin tragique : le domestique ou le fossoyeur qui ouvrent la tombe par avarice contribuent parfois à découvrir que la personne enterrée est encore vivante et, par conséquent, la sauver d’une mort sûre. Les bijoux sont donc liés à la pol lution du cadavre (il ne faut pas les réclamer, car ils lui appartiennent), mais sont aussi des intermédiaires entre la vie et la mort, en permettant parfois à la personne qu’on croyait morte de « ressusciter » ; ils permettent également aux vivants de montrer, d’une part, leur douleur (par exemple les veuve, en Calabre, qui s’arrachent les boucles d’oreilles en se déchirant les lobes) et, d’autre part, leur intrépidité vis-à-vis la mort. Ne retrouvons-nous pas ici l’écho de l’ « anneau magique » qui aide le héros des contes de surmonter les épreuves dans l’au-delà ? Des récits de vie aux légendes, ma communication examinera précisément la place que le bijou occupe entre la vie et la mort.