« La construction de l’altérité : du distant au proche »

Résumé

Pour un grand nombre de Grecs, rumeurs et préjugés fondent l’image de l’Autre à l’intérieur du pays : si les Albanais ont le teint « jaunâtre » et sont porteurs des maladies, les Grecs catholiques, dans les régions où ils sont traditionnellement implantés, ont toujours été appelés les « Francs ». Le discours savant a sa part de responsabilité dans la circulation de ces idées : ainsi, le folkloriste Manolis Varvounis (1997), qui a étudié les musulmans Pomaques, signale que les membres de cette communauté souffrent de maladies vénériennes et de troubles neurologiques. Communautés « pathologiques » et séparées, tendant à l’endogamie et au traditionalisme, elles sont caractérisées soit par leur violence (comme les Albanais qui sont censés n’avoir aucun respect pour la vie humaine) soit par un mode de vie « brut ». Néanmoins, en construisant l’altérité, on renforce non seulement l’identité et la cohésion d’un groupe, mais on crée aussi des espaces où des différents discours peuvent s’élaborer : les Albanais sont « comme les Grecs mais avec cinquante ans de retard », et une série à succès (diffusée sur la télévision grecque en 1998) a même mis sur scène l’amour passionné d’un Grec pour une Tsigane. Dans ces cas, l’Autre nous rassemble, nous attire, nous rappelle notre passé (souvent idéalisé comme étant plus « authentique »). Ma communication examinera précisément ces jeux permanents entre différence et similitude.